La censure et l'autocensure

La censure et l'autocensure
Par Kateb Yacine. (*)

« Pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l'autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps de crédit, ni de l'opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l'inspection de deux ou trois censeurs »
Ces quelques lignes de Beaumarchais nous disent clairement, sous la forme ironique, ce que la censure a d'insidieux, comment elle bloque et interdit toute liberté d'expression. En principe, elle prétend se limiter a telle ou telle atteinte à la raison d'État. En fait elle tend à étouffer la pensée, à la tuer dans l'œuf, à inhiber le créateur, pour qu'il refoule de lui-même tout ce qui dans son œuvre s'écarte un tant soit peu du point de vue officiel.
La censure crée le conformisme, elle fabrique des courtisans, elle domestique, elle avilit aussi bien ceux qui la pratiquent que ceux qui la subissent. Elle aboutit fatalement à l'autocensure, mutile, travestit, falsifie, traite la réalité comme une erreur, qu'elle corrige à sa façon. C'est le langage de la peur.
On a peur de déplaire. On fait tout pour plaire. Il ne reste plus qu'à mentir, ou à parler pour ne rien dire.
Ou alors c'est le silence, dernier refuge de ceux qui refusent d'être censurés, puisque leur fonction est de dire tout haut ce que l'on n'ose jamais dire. Ce silence, à la longue, est une sorte de suicide toujours recommencé. On n'y échappe que par l'exil. C'est pourquoi tant d'artistes, d'écrivains, de chercheurs, de réalisateurs, doivent d'abord se faire entendre à l'étranger, et notamment en France, ce qui donne une piètre image de l'Algérie indépendante.
Qu'est-ce que l'indépendance, si ce n'est pas la liberté ?
Pour que l'Algérie soit réellement libre, il nous faut exiger l'abolition de la censure.

Kateb Yacine, Alger Mai 1987.

* Ce texte a été adressé aux artistes et intellectuels algériens réunis pour protester contre l'arrêté du ministère de la culture et du tourisme instituant un « visa d'édition » pris le 1 mars 1987. Cette réunion fut à l'initiative du R.A.I.S (Rassemblement des Artistes, Intellectuels et Scientifiques). Le mouvement de protestation fit reculer le Ministère. Et cet arrêté qui exigeait des éditeurs le dépot préalable des manuscrits des écrivains au ministère de la culture, retiré.
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# Posté le lundi 04 février 2008 03:47

Polémique



Polémique : ALGÉRIE, HISTOIRE A NE PAS DIRE
Jean-Pierre Lledo répond à Benchicou


31 janvier 2008

N'ayant à prouver ni ma culture antiraciste, ni mon engagement anticolonialiste, n'ayant jamais écrit sous la dictée de quiconque, encore moins de services de sécurité, n'ayant aucun pot-de-vin de Khalifa à me reprocher, vivant plus que modestement, en somme n'ayant je pense à peu près rien de très grave à me reprocher ou à dissimuler, je n'aurai guère besoin d'entonner l'hymne national avec le couplet manquant... Encore moins apte à rivaliser avec la grandiloquence ampoulée dont a le secret mon insulteur en manque ou en mission commandée, je ferai donc simple.
Juste pour que vos lecteurs sachent qu'ils sont victimes de désinformation délibérée. (Qu'il se rassure, je n'ai pas de temps à perdre pour exiger qu'il réponde de ses diffamations.) 1 - Mes personnages ont participé au tournage de ce film, sans la moindre contrainte. Conformément à l'éthique dont je me réclame, ils n'ont pas non plus été payés. Un personnage du film a effectivement demandé à ne pas figurer dans le film, mais absolument pas pour les raisons invoquées, preuve par un mail reçu. Ceci a permis au film d'être écourté de 20 minutes et non d'une heure comme il est dit, réduction qui facilite l'exploitation du film, désormais d'une durée de 2h40. Les autres personnages principaux ont tous vu le film. Ayant considéré que j'avais respecté leurs problématiques et leurs propos, ils ont tous courageusement assumé leur présence, tenant ainsi à respecter ma liberté d'auteur à remettre en cause les vérités les mieux établies, posture qui normalement devrait caractériser tout intellectuel digne de ce nom. 2 - La phrase citée de mon synopsis, a été tronquée. On me fait dire : «(...) les relations intercommunautaires n'ont-elles pas été aussi attraction, respect, reconnaissance et souvenirs heureux ?» Or, à la place des trois points de suspension, il y avait 3 mots : «Méfiance, peur et malheur, les relations, etc.» 3 - Bien que mes derniers films évoquent la période coloniale, ils ne sont pas des films d'historien ayant pour sujet explicite la colonisation. Ni avec Henri Alleg, ni avec Lisette Vincent, militants de la cause anticoloniale, je n'ai tenté un discours généralisant sur «les colons et les colonisés ». Cela n'est pas mon style. Mes films s'intéressent à des destins, pas à des concepts. 4 - Je ne renvoie personne dos à dos. Je dis au contraire dans mon film que «si il est normal qu'une armée coloniale tue au faciès, puisqu'elle fonctionne au racisme -- ce sont tous des Arabes -- cela n'est pas concevable d'une armée de libération». J'ai en effet encore l'idéalisme de penser qu'on peut se dresser contre l'injustice, sans reprendre la pensée haineuse de l'adversaire, ni ses méthodes. Et effectivement, je n'arriverai jamais à considérer qu'il soit particulièrement glorieux ou «révolutionnaire» d'égorger en quelques heures, des centaines de femmes, d'enfants, et de vieillards. Et ce, qu'ils aient été coupables de ne pas être musulmans, comme ces familles de mineurs d'El Alia, ou ces simples citoyens d'Alger, ou d'Oran. Ou comme à Melouza, de rester fidèle à Messali Hadj, père du nationalisme depuis les années 1930 : action qui, comme on le sait, fut dirigée par cet officier responsable de l'ALN, Mohammedi Saïd, qui commença sa carrière militaire dans l'armée allemande hitlérienne, et qui la finit dans les rangs du FIS dont il fut un député, en ayant été au passage un des principaux responsables de l'Etat indépendant. Ou comme au moment de l'indépendance, d'avoir eu un père ou un frère enrôlés dans les forces harkies. Ceci dit, même si les grandes causes, chez nous comme ailleurs, ont eu leurs salauds -- car il faudrait que l'on s'habitue à l'idée que notre pays est un pays comme les autres ! -- on ne trouvera jamais chez moi la formule globalisante «les tueurs de l'ALN et du FLN» , comme les tendancieux guillemets le suggèrent. 5 - Je pense effectivement, qu'au mouvement national se posaient, non pas 1 problème comme on le dit habituellement : mettre fin au système colonial inique, mais un 2e problème : prendre en charge la nouvelle réalité humaine de l'Algérie, dont 1/10e (un million de personnes quand même !) était composé de minorités juive et chrétienne parlant pour l'essentiel le français. Et je suis bien forcé de constater que sur ce second aspect, le résultat a été «un échec» ! Echec partagé bien sûr, mais où le mouvement nationaliste a aussi sa responsabilité. Examiner la responsabilité du nationalisme, notamment durant la guerre, par rapport au traitement de la question de ces deux minorités, est devenu dans le process même d'un travail qui a duré 2 ans et demi, le véritable sujet de mon film. Un film documentaire n'étant jamais prévisible, sauf dans le cinéma de propagande, il a bien fallu qu'à la fin du tournage je tienne compte de ce que m'avaient dit, sans se cacher, plusieurs témoins ! Et de ces propos, il en ressortait que les exactions commises contre les civils non-musulmans n'étaient ni des «bavures» ou des «dommages collatéraux», ni même «des actes monstrueux de barbarie », mais des actes qui découlaient précisément de ce que j'appelle «une pensée ethnique ». 6 - Tous les nationalismes du monde sont fondés sur des critères ethniques et/ou religieux. Le nationalisme algérien n'y échappe pas (je parle évidemment de la pensée dominante) : «arabo-musulmane avant la colonisation française, l'Algérie devait le redevenir». Voilà ce que j'explique pourtant clairement dans mon dossier de presse, mais notre maestro ès désinformation, naturellement, s'est bien gardé d'y faire référence. Comme il s'est bien gardé de reprendre les citations de certains chefs nationalistes qui figurent également dans mon dossier de presse. Par exemple, ceux de Bentobbal lors d'une réunion au Maroc répondant à des militants inquiets des messages positifs du FLN-GPRA en direction des minorités juive et européenne : «Ces textes sont purement tactiques. Il n'est pas question qu'après l'indépendance, des Juifs ou des Européens soient membres d'un gouvernement algérien.» (Archives du FLN par M. Harbi). Ou ceux de Ben Khedda, qui fut le 2e président du GPRA : «En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d'Européens, nous avions prévenu le danger d'une Algérie bicéphale» ( La fin de la guerre d'Algérie, Casbah Ed. 1998). Ou ceux de Réda Malek qui conclut ainsi son récit des négociations des «Accords d'Evian» (Le Seuil, 1990) : «Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé. » Sans parler naturellement du code de la nationalité de 1963, qui stipule que l'on est algérien si l'on a un père et un grand-père nés en Algérie... musulmans. Les non-musulmans considérés donc comme étrangers devant en faire la demande. Beaucoup de ceux qui avaient payé leurs convictions indépendantistes par la torture et la prison, trouvant la démarche humiliante, s'y sont refusé et ont quitté l'Algérie. Au fait, et si la manière la plus simple d'échapper aux tentations de manquements à la déontologie du journalisme -- qui veut que l'on n'attaque jamais l'auteur d'une œuvre censurée -- était de remettre toutes les pièces du dossier aux mains du public et permettre ainsi un débat démocratique et serein autour de ce film ? Et si -- rêvons un peu -- la société civile, se mettait en tête de demander à voir ce film ? En attendant, comme le dit notre fumeur accro, le cauchemar continue !

Jean-Pierre Lledo

(envoyé le 25 janv, publiée le 31)
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# Posté le lundi 04 février 2008 02:03

JP Lledo répond à la Ministre de la Culture.




JP Lledo répond à la Ministre de la Culture.



Dans l'édition du 3 Février du quotidien Liberté, la Ministre de la Culture s'est à nouveau exprimée sur les problèmes me concernant. Et je constate qu'elle continue d'induire le public en erreur.
Contrairement à ce qu'elle dit, un moyen métrage intitulé « Ne restent dans l'Oued que ses galets », a bien été remis au début Juillet O7 avec accusé de réception d' « Alger 2007, capitale arabe de la culture ». Il a été visionné par la Commission de lecture dirigée par Lamine Merbah, lequel m'a certifié que le film avait été jugé par la dite commission « d'excellente qualité et conforme au contrat ». Et je suppose que les journalistes peuvent facilement vérifier cela. Depuis, je n'ai toujours pas reçu le 2ème tranche de la subvention, comme le contrat le prévoit.
Le visa d'exploitation pour la version longue de mon film n'a pas été demandé « il y a 10 jours », mais en Juin 2007 pour la version de 3h, et en novembre et en janvier pour la version de 2h40, intitulée « Algérie, histoires à ne pas dire », qui a été déjà sélectionnée dans différents festivals, dont celui de Toronto en Septembre dernier. Trois accusés de réception du Bureau d'ordre du Ministère en font foi.
La seule nouveauté de cette interview, est que pour la première fois depuis l'interdiction des 3 avant-premières de Juin 07, la Ministre parle enfin de censure. En parlant « d'apologie du colonialisme » à l'encontre d'un film qu'elle dit ne pas avoir vu - bien qu'en possession de toutes les versions de ce film depuis bien longtemps - elle est sans doute en train de commencer à préparer l'opinion publique à sa censure officielle.
Face à une campagne de désinformation savamment orchestrée, en cours ces dernières semaines, tandis que l'on empêche l'opinion publique de se faire soi-même son idée sur le film, je suis dans l'obligation de faire appel à la société civile, aux artistes et aux intellectuels. Accepter l'arbitraire d'une Ministre qui s'octroie le droit de décider du sort d'un film en en faisant partager la responsabilité à un petit comité qui serait détenteur de la vérité historique, n'est-ce pas accepter que l'Histoire de notre pays soit gérée par l'Etat ? N'est-ce pas accepter que les autorités nous assignent à résidence surveillée, et nous privent de notre droit constitutionnel aux libertés d'expression et de création ?
Je voudrais en tous cas leur dire que contrairement aux propos de la Ministre, mon film ne remet pas en cause la légitimité de la lutte contre le colonialisme, mais les exactions commises contre les civils non-musulmans, exactions déjà condamnées par la Plate forme de la Soummam, dont l'un des principaux rédacteurs, Abane Ramdane, devait il vrai payer cher ses audaces, quelques mois plus tard.
Avec Mohamed Harbi, trainé dans la boue dans les années 80, quand il osa le premier désacraliser le FLN de la guerre, je pense comme il l'a dit à Oran récemment durant l'hommage qui lui a été justement rendu, que « les mythes s'ils étaient mobilisateurs, en devenant des instruments de légitimation, risquent d'hypothéquer le devenir de tout un peuple. » (propos rapportés dans Soir d'Algérie).
Jean-Pierre Lledo, le 3 Février 2008.
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# Posté le lundi 04 février 2008 01:55

Khalida Toumi brise le silence

LIBERTE, QUOTIDIEN NATIONAL D'INFORMATION -

Edition du Dimanche 03 Février 2008
La ministre de la culture dans un entretien vérité à “Liberté”
Par : ABDEL TAOS

extrait concernant JP Lledo

La culture peut-elle aller de pair avec la censure ? Les films de
Jean-Pierre Lledo et celui de Nadir Mokhnèche n'ont pas pu être projetés à Alger...
Le visa d'exploitation, nommé visa de censure aux États-Unis, n'est pas
une création algérienne. Il existe dans tous les pays, dans toutes les
démocraties. Nous n'avons fait que reproduire les bonnes expériences.
Il faut distinguer trois cas :
Delice Paloma de Nadir Mokhnèche n'a pas été projeté parce que sa
production en touchant l'aide de 2007, “Alger, capitale de la culture
arabe”, s'est engagée à fournir une version 35 mn en langue nationale
(arabe ou tamazight). Au lieu de cela, nous avons eu droit à un DVD en
langue française. Sans commentaire.
Pour Jean-Pierre Lledo, nous avons le cas d'un documentaire de 52 minutes pour lequel la société de production a signé un contrat en bonne et due forme. Elle a déjà perçu un million et demi de dinars comme première tranche. Nous attendons toujours le 52 minutes qu'il s'est engagé à livrer. Si le contrat n'est pas respecté, et c'est valable pour toutes les sociétés de production, nous exigerons le remboursement de ce qui a été perçu. Cela ce passe ainsi partout où de l'argent public aide le cinéma.
Il y a dix jours, j'ai reçu une demande de visa d'exploitation pour le
même film dans une version de plus de 2 heures et demie portant un titre
différent. De qui se moque-t-on ? Nous visionnerons ce film de trois
heures en présence de personnes interviewées et d'acteurs de la
Révolution. M. Lledo recevra la réponse en toute clarté. Je n'ai pas vu le
film, mais j'ai lu les débats dans la presse. Laissez-moi alors vous dire
que tant que Khalida Toumi sera ministre de la Culture, jamais un film
révisionniste faisant l'apologie de la colonisation et faisant passer nos
résistants et nos libérateurs pour de vulgaires criminels, et la glorieuse
ALN pour le GIA, n'aura de visa d'exploitation. J'aurai trop honte du
regard de Djamila Bouhired et de Zohra Drif. Je vous l'ai dit, la honte
est pour moi le pire des sentiments, pire que la peur.

C'est quand même de la censure alors ?
Appelez cela comme vous voulez. Chaque peuple défend le socle sur lequel
il a construit sa nation. Vous pouvez aller dans n'importe quelle
librairie ou bibliothèque, vous y trouverez des ouvrages parlant de la
guerre de Libération nationale défendant des points de vue complètement
différents.
Le débat est ouvert. Il est permis et même encouragé puisque les
historiens et les chercheurs travaillent pour des centres et des
laboratoires de recherche financés par l'État. Le président de la
République a honoré la mémoire de Abane, de Messali, de Krim ou de Khider
en baptisant de leur nom des édifices publics. Il n'y a pas de tabou.
Mais, je ne permettrai jamais, chez nous, de révisionnisme ou d'apologie
du colonialisme.
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# Posté le lundi 04 février 2008 01:52

À PROPOS DU FILM DE JEAN-PIERRE LLEDO


Une polémique tartuffe sur un film tortueux

C'est, en résumé, à cette fausse querelle pour jobards que nous
convient la ministre Khalida Toumi et le cinéaste Jean-Pierre Lledo, à propos de l'interdiction du film Algérie, histoires à ne pas dire. Le motif de la querelle serait donc d'un banal ordre procédurier : la ministre de la Culture tient au visionnage préalable du documentaire au format de 52 minutes, Lledo refusant pour sa part de
soumettre son œuvre à la commission de lecture et d'en réduire la durée. Ainsi présentée, la controverse prend l'allure d'une de ces futiles algarades qui nourrit avec bonheur le côté cancanier du monde de la culture et où chacun se donne raison : Khalida Toumi crie au non-respect du contrat, Jean-Pierre Lledo à la censure, et
tout est parfait. Il n'y aurait donc rien à redire sur la polémique si elle n'était factice et, disons-le, un peu chafouine.La ministre comme le cinéaste s'accordent à se déchirer avec brio sur un faux prétexte pour
masquer, avec le même brio, le vrai motif du différend : le contenu du film lui-même. En fait, le débat
autour du documentaire de Lledo est d'ordre politique et mémoriel. Et seulement cela. Car qu'est-ce
que Algérie, histoires à ne pas dire sinon une relecture à la fois audacieuse et pernicieuse, originale et discutable, de l'occupation coloniale et de la guerre de Libération ? Ce que n'ose pas avouer Mme Toumi, c'est que les autorités algériennes ont déjà décidé de ne pas diffuser ce longmétrage jugé «révisionniste» et
suspecté de louer «les bienfaits du colonialisme.» Ce que n'ose pas avouer Lledo, c'est que ce film, comme tous les films propagandistes, n'a de raison d'être que s'il arrive au public algérien, ce qu'il s'emploie à faire, fût-ce au moyen de la contrebande.Au final, une belle scène à «Lavérité si je mens», Lledo refusant de soumettre son film au «visionnage préalable» pour les mêmes raisons qu'a Mme Toumi à vouloir le «visionner»
Qu'en est-il au juste ? Pour avoir vu le film, je dois dire que j'en suis sorti perplexe et, sans succomber aux pulsions cocardières ni partager le chauvinisme de certains confrères arabophones, assez choqué. Algérie,
histoires à ne pas dire prend des libertés révoltantes avec une page sanglante de notre passé. Le film repose sur une chimère, un sournois raccourci et un dangereux amalgame. La chimère est racontée de façon récurrente : indigènes et pieds-noirs vivaient en excellent voisinage. Le raccourci est soufflé à l'oreille : cette convivialité fraternelle a été brisée parla guerre de Libération qui a emprunté des méthodes terroristes (pose de bombes, attentats) qu'on a retrouvées trente ans plus tard chez le GIA. L'amalgame devient ainsi suggéré : l'ALN, à bien y regarder, est la génitrice du GIA. La conclusion vient d'elle même : l'indépendance arrachée
au moyen de «procédés génocidaires», en brisant l'harmonie fraternelle entre indigènes et piedsnoirs, a installé une haine tenace qui fait s'entretuer, trente ans après, «les indigènes entre eux». D'où le titre initial du film, Ne reste dans l'oued que ses galets. Pas une image sur les humiliations subies par les populations indigènes, sur la nature barbare du colonialisme ni sur l'injustice qui les a fait se soulever. Le film de Lledo privilégie une vue de l'esprit (j'ignore dans quelle Algérie l'auteur a vu cohabiter pieds-noirs et arabes dans la félicité), des omis-
sions et des anathèmes pour regretter qu'en 1962 nous n'ayons pas épousé le modèle sud-africain sur la cohabitation. Sans vouloir jeter quelque opprobre que ce soit sur le cinéaste, je dirais que l'œuvre de Lledo
rejoint, consciemment ou incons ciemment, les créations récentes qui fleurissent dans l'Hexagone et
qui se résument en des entreprises de «déligitimation» et de dévalorisation de la résistance algérienne, soumise à un ignoble parallèle avec la «décennie noire». Bien sûr, l'écriture de l'histoire est faite de passions et de contro- verses et rien n'interdit ce que les historiens appellent la «déconstruction». Il reste que cela doit
obéir à l'exactitude pas aux émotions ni encore moins aux arrière pensées.Cela justifie-t-il la censure ?
Non. Plutôt que d'interdire le filmde Lledo, Mme Toumi devrait favoriser la diversité créatrice qui,seule, peut aider à la vérité. Maiscela est une autre histoire...
.Mohamed Benchikou
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# Posté le lundi 04 février 2008 01:36