LLEDO répond à MERBAH
Suite à la « clarification » de l'ARPA
(El Khabar du 3 Fev 08)
En attendant que l'association des cinéastes algériens, l'ARPA, exprime son point de vue sur le fait que mon film terminé depuis 9 mois, a été 2 fois interdit de projection, en Juin 2007 et en Janvier 2008, et aussi sur les propos de la Ministre de la Culture parlant de censure, et annonçant qu'elle va soumettre mon film « Algéries, histoires à ne pas dire » à une Commission d' « anciens moudjahidine » et à des « spécialistes », permettez-moi donc de vous donner mon point de vue sur les propos de Mr Merbah, que vous avez tenu à privilégier, sans doute en sa qualité de « grand » cinéaste comme vous avez tenu à nous le rappeler au cas où on l'aurait oublié.
« Ne restent dans l'Oued que ses galets », est le moyen-métrage remis à « Alger 2007, capitale arabe de la culture » en Juillet 07. La commission de lecture que dirige L. Merbah l'avait trouvé « excellent et conforme au contrat » : ces propos m'ont été tenus par lui-même, en janvier dernier, en présence de témoins, à l'Ambassade de France où avec d'autres cinéastes algériens il était l'invité de son Excellence l'Ambassadeur, à l'occasion de la sortie du film « Cartouches Gauloises ».
« Algéries, histoires à ne pas dire ». Mr Merbah a donc eu le privilège de voir mon long-métrage. Pourquoi voudrait-il en priver les autres citoyens algériens ? Est-il un cinéaste, qui sans liberté d'expression n'est pas un cinéaste, ou un censeur ?
Mr Merbah a-t-il conscience qu'il se contredit légèrement, lorsque complice de l'administration il demande la censure de mon film en Algérie, tout en me reprochant qu'il soit vu ailleurs !
Mr Merbah a-t-il seulement conscience qu'en prônant la censure, a un comportement de type colonial ? Puisque ça équivaut à considérer son propre peuple incapable de se faire une idée par lui-même ?
N'est-ce pas une forfaiture, de décrire les témoins et les membres de mon équipe comme des pantins, dont j'aurais pu tirer les ficelles ? Est-ce ainsi qu'il se représente ses compatriotes, comme des marionnettes ?
De quel droit Mr Merbah dénigre-t-il un travail où durant plus d'un an, moi, je suis allé recueillir la mémoire d'Algériens berbéro-arabo-musulmans qui ont témoigné librement ?
Du haut de quelle légitimité Mr Merbah peut-il me juger ? Ne devrait-il pas commencer par faire lui-même un film sur les Messalistes dont son père fut un grand dirigeant ? Ou bien en aurait-il honte ? Parler du massacre à Melouza des villageois restés fidèles à Messali Hadj, femmes, enfants et vieillards, serait-il ternir l'histoire de l'Algérie, et de la révolution ?
Est-ce honorable de se taire comme le fait Mr Merbah, devant ce crime commis sous la direction de Mohammedi Saïd, qui avant d'avoir été un chef de l'Etat Major de l'ALN, un homme d'Etat important après l'indépendance, puis vers la fin de sa vie un député du FIS, fut aussi un soldat de l'armée hitlérienne ?
Es-tu du côté de ceux qui rédigèrent la Plate Forme du Congrès de la Soumam et désapprouvèrent les exactions contre les populations civiles ? Ou bien du côté de ceux qui étranglèrent Abane Ramdane ?
Au lieu de t'en prendre à un collègue, Lamine, ne crois-tu pas qu'à ton âge, il serait temps que tu prennes position ?